Rencontres en route

Le nord du Cambodge est couvert de nature, parsemé de maisons sur pilotis et de petites villes un peu lugubres. Ces dernières se dessinent toujours de la même manière : une rue principale avec de nombreuses petites échoppes sous des auvents en tôles. Du toit, pendent des échantillons de shampoing, de petits paquets de chips et autres biscuits d’apéro, sachets d’instantanés, jouets d’enfant en plastique, etc. On a de la peine à différencier magasin officiel et habitation, car ils tendent à se confondre. Chacun essaie de se faire quelques sous en vendant de l’essence contenue dans des bouteilles en verre récupérées ou des boissons entreposées dans de grosses glacières rouges que l’on peut voir dans tout le pays. Ces glacières sont refroidies par de gros blocs de glace livrés en scooter et découpés à la scie à même la route.

Puis, on aperçoit une densité de scooters plus élevée et on devine alors le marché avec ses étalages de fruits, poissons et viandes qui chatouillent les narines et attirent les mouches. La chaîne du froid pour la viande est un concept inexistant ici.


Nous avons fait de belles et surprenantes rencontres. Tout d’abord, comme sortis de nulle part, nous rencontrons d’autres cyclo-voyageurs : des Hollandais, un Thaïlandais, des Allemands, des Russes et même des Suisses. Pendant presque deux mois nous n’avions croisé aucun voyageur à vélo et là, en quelques jours, c’est le défilé. Nous échangeons sur les différents modes de voyage et les astuces de la route. Les Suisses ont des vélos de course et font près de 160 km par jour, chargés avec de toutes petites sacoches. On parle alors de Bikepacking, nouvelle façon à la mode de voyager à vélo. Le Thaïlandais est un passionné et a fabriqué ses propres pare-boues avec des morceaux de bouteilles de pet. Il a trouvé l’astuce pour éviter que les voitures ne le rasent de trop prêt : une frite de piscine est fixée sur son porte-bagage. Les véhicules s’écartent ainsi davantage en le dépassant. Il profite de sa semaine de vacances pour aller explorer le Cambodge. Quant aux Hollandais, ils font la route inverse à la nôtre et nous conseillent ainsi le meilleur itinéraire à suivre.


Dans un village perdu, nous nous approchons du seul restaurant éclairé et vide en espérant grappiller quelque chose pour le souper. Soudain, un couple de Français fait irruption. Nous fraternisons. Ils sont en train de faire un road trip vers le Laos. Ils nous expliquent comment, deux mois plus tôt, ils se sont installés à Siem Reap et comment ils vivent cette vie d’expatriés pas toujours évidente. Elle est enseignante dans une école française; lui s’est improvisé chauffeur et aide de cuisine. Il s’applique également à apprendre le Khmer afin de s’intégrer au plus vite.


En plus de ces touristes, nous saluons des rencontres plus locales :