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Rencontres en route

03/01/2019

Le nord du Cambodge est couvert de nature, parsemé de maisons sur pilotis et de petites villes un peu lugubres. Ces dernières se dessinent toujours de la même manière : une rue principale avec de nombreuses petites échoppes sous des auvents en tôles. Du toit, pendent des échantillons de shampoing, de petits paquets de chips et autres biscuits d’apéro, sachets d’instantanés, jouets d’enfant en plastique, etc. On a de la peine à différencier magasin officiel et habitation, car ils tendent à se confondre. Chacun essaie de se faire quelques sous en vendant de l’essence contenue dans des bouteilles en verre récupérées ou des boissons entreposées dans de grosses glacières rouges que l’on peut voir dans tout le pays. Ces glacières sont refroidies par de gros blocs de glace livrés en scooter et découpés à la scie à même la route.

Puis, on aperçoit une densité de scooters plus élevée et on devine alors le marché avec ses étalages de fruits, poissons et viandes qui chatouillent les narines et attirent les mouches. La chaîne du froid pour la viande est un concept inexistant ici.

 

Nous avons fait de belles et surprenantes rencontres. Tout d’abord, comme sortis de nulle part, nous rencontrons d’autres cyclo-voyageurs : des Hollandais, un Thaïlandais, des Allemands, des Russes et même des Suisses. Pendant presque deux mois nous n’avions croisé aucun voyageur à vélo et là, en quelques jours, c’est le défilé. Nous échangeons sur les différents modes de voyage et les astuces de la route. Les Suisses ont des vélos de course et font près de 160 km par jour, chargés avec de toutes petites sacoches. On parle alors de Bikepacking, nouvelle façon à la mode de voyager à vélo. Le Thaïlandais est un passionné et a fabriqué ses propres pare-boues avec des morceaux de bouteilles de pet. Il a trouvé l’astuce pour éviter que les voitures ne le rasent de trop prêt : une frite de piscine est fixée sur son porte-bagage. Les véhicules s’écartent ainsi davantage en le dépassant. Il profite de sa semaine de vacances pour aller explorer le Cambodge. Quant aux Hollandais, ils font la route inverse à la nôtre et nous conseillent ainsi le meilleur itinéraire à suivre.

 

Dans un village perdu, nous nous approchons du seul restaurant éclairé et vide en espérant grappiller quelque chose pour le souper. Soudain, un couple de Français fait irruption. Nous fraternisons. Ils sont en train de faire un road trip vers le Laos. Ils nous expliquent comment, deux mois plus tôt, ils se sont installés à Siem Reap et comment ils vivent cette vie d’expatriés pas toujours évidente. Elle est enseignante dans une école française; lui s’est improvisé chauffeur et aide de cuisine. Il s’applique également à apprendre le Khmer afin de s’intégrer au plus vite.

 

En plus de ces touristes, nous saluons des rencontres plus locales :

- L’accueil d’une famille sous leur maison, à l’ombre et au frais, où la maman est en train de tresser des paniers. On partage de la mangue séchée.

- Nous rencontrons une dame en train de pétrir de la pâte. C’est à l’aide d’un gros levier qu’elle la presse à travers un moule troué donnant naissance à des nouilles de riz qui atterrissent dans une marmite d’eau bouillante et nous les dégustons aussitôt.

- Un soir, dans un restaurant, nous sommes écoeurés. Au centre de la table voisine trône une carapace de tortue retournée dans laquelle les convives grattent avec leur cuillère. Nous nous dévisageons mutuellement et avons de la peine à finir notre assiette. Nous prenons la décision de réduire drastiquement notre consommation de viande dans la région.

- Une petite fille grassouillette, déguisée en princesse (les enfants portent très souvent des déguisements ou des pyjamas assez kitchs), grignote une grenouille grillée sur un bâton, comme une sucette. Noémie, sans plus porter attention au batracien, a beaucoup de plaisir à jouer avec elle.

 

Nous plongeons réellement au coeur du mode de vie cambodgien et ce n’est pas toujours facile à cause de l’écart de culture (surtout culinaire !). On ressent parfois le mal du pays et le besoin de confort. Alors pour le nouvel an, on s’est orienté vers un joli hôtel au bord du Mékong. On profite des cocktails à 1.50 CHF et on fait une excursion en kayak. Le paysage est fascinant : on aperçoit les racines des arbres sur plusieurs mètres de hauteur car c’est la saison sèche et le niveau de l’eau est bas. On a également la chance de voir des Ibis géants et des aigles. Le temps semble comme suspendu lorsque, sur notre terrasse, nous observons les magnifiques couchés de soleil sur le fleuve. Nous pensons alors à la suite de l’aventure : le Laos !

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